J’avais tout juste 17 ans
Un corps de rêve, affriolant
Des cheveux longs, plutôt lissés
Et le regard brun pailleté
Toi, tu avais la cinquantaine
Et tu arrivais d’Aquitaine
Marié depuis plus de 20 ans
Et père de quatre beaux enfants
Un voisin bien intentionné
A cru bon de nous présenter
En ce banquet de fiançailles
Qui précède les épousailles
Nous avons parlé de la pluie
Des aléas de nos deux vies
Bercés par quelques musiciens
Ton corps s’est mis contre le mien
Je t’ai pris gentiment la main
Au bout du tout dernier refrain
Puis, t’ai conduit dans une chambre
Où régnait une odeur de camphre
Tu avais toujours ce « leica »
Accroché au dessous du bras
Alors, pour toi, j’ai pris la pose
Esquissant les métamorphoses
Tu as pris quelques beaux clichés
Et nous nous sommes embrassés
Puis, tu es parti sans mot dire
Pour ne plus jamais revenir
Après tant d’années de silence
Le facteur a brisé l’absence
En déposant un pli curieux
Dans ce matin gris et pluvieux
C’était une photo de moi
Que tu aimais beaucoup, je crois
Avec, au dos, écrit en bleu
Des mots lisibles, encore un peu
Ces mots que tu n’as pu me dire
Car j’aurais pu te retenir:
« Nous ne pourrons pas nous aimer
Mais je ne pourrai t’oublier »
Dans le miroir de mon salon
Le temps, soudain, paru abscons;
Mes quelques rides, au bord de yeux
Ont, en mémoire, ce jour heureux






